La manière dont le public apprécie le travail des professionnels de l’animal est souvent polluée par l’anthropomorphisme. Voyons pourquoi. 

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Anthropomorphisme : savoir résister et dire non !
Anthropomorphisme : savoir résister et dire non !

Anthropomorphisme et travail en public. 

Toilettage, éducation, j’ai toujours été un chaud partisan du travail en public

Une sorte d’évolution du public précisément conduit cependant à s’interroger sur cette pratique. 

Évolution ? Ce n’est pas la bonne appellation. 

Se développe en général une manière toujours plus bisounours d’envisager le monde en général. Une manière qui semble vouloir s’imposer à tous les étages et dans tous les rouages de notre société. Cela vaut tout autant pour le cas particulier du mondé animal. 

L’animal n’est pas un « bébé » humain

Une conséquence de cette manière est d’envisager l’animal de compagnie comme une sorte de bébé humain. 

C’est confondre empathie et anthropomorphisme.

Tout oppose pourtant ces deux comportements. 

Anthropomorphisme et empathie

Empathie : « Capacité à se mettre intuitivement à la place de son prochain, à ressentir la même chose que lui, de s’identifier à lui. » L’empathie permet, entre autres, la compassion. Elle seule permet la compréhension et le respect. 

Anthropomorphisme (au moins dans le contexte qui nous occupe aujourd’hui) : tendance à accorder des qualités, des réactions humaines à des animaux. 

L’anthropomorphisme a d’abord concerné les dieux : on prêtait à ces derniers des sentiments et des comportements « humains ». L’animal est-il devenu une sorte de dieu des temps modernes ? Les vêtements qu’on en peut plus mettre aux dieux disparus seraient-ils mieux adaptés à nos animaux de compagnie ? 

En fait, en dépit des apparences, une forme maximale d’égoïsme

Anthropomorphisme : ne pas respecter le vrai de l’animal ! 

Voir en l’animal un autre humain, c’est ne pas respecter le vrai de l’animal. C’est ne pas respecter ses besoins, ses émotions propres, sa manière à lui de voir et d’envisager le monde. 

Exemple : porter son chien 

Un exemple : les propriétaires qui dans certaines circonstances prennent leur chien dans les bras (en arrivant chez le vétérinaire, le toiletteur, en croisant un autre chien…). 

Ce que pense le propriétaire : « je mets mon bébé à l’abri ».

Mais pour l’animal, être porté ne correspond à rien d’existant dans son patrimoine éthologique. C’est donc, au sens propre, une situation non naturelle, qui ne peut que le déconcerter au mieux, l’affoler le plus souvent. Le résultat d’un comportement seulement dicté par l’anthropomorphisme.

Attitude empathique

L’empathie conduirait à une attitude tout à fait différente : on veillerait à garder au contraire l’attitude la plus habituelle et la plus normale, évitant soigneusement tout « signal » qui pourrait se révéler de nature à générer inquiétude ou stress.  

Anthropomorphisme et suite en laisse

chien en laisse qui marche sans tirer, le contraire d'une attitude
dictée par l'anthropomorphisme
Chien en laisse : une équipe « conducteur – chien »

Second exemple. La « marche en laisse ». 

Très souvent, il ne faut que quelques minutes à une personne initiée pour se faire comprendre du chien : « Quand nous marchons ensemble, tu ne tires pas sur la laisse ! »

On obtient ce résultat en exerçant si nécessaire de petites tractions brèves, très vite comprises. En tout cas pour ce qui concerne le chien. 

Beaucoup moins certain pour ce qui concerne le non-initié…

Ce qui caractérisera un comportement anthropomorphique

Pour lui, il s’agit d’une insupportable coercition ! Il préférera laisser le chien tirer tant qu’il voudra. 

L’aidant même en cela en lui faisant porter, non plus un simple collier, mais un « harnais » toujours plus volumineux et encombrant. 

La suite en laisse se transforme alors en parcours plus ou moins harassant et stupide. Le plus lourd du couple impose finalement une trajectoire à l’autre…

Anthropomorphisme destructeur pour le chien ! 

Inconfortable pour les deux parties, c’est l’évidence. Mais surtout profondément destructeur pour le chien.

Il faut tout d’abord comprendre que le chien qui tire dans ces conditions n’a tout simplement rien à voir avec le chien de traîneau par exemple. 

Le chien de traîneau sait parfaitement qu’il tire, il se sent comme « en mission », en permanence attentif aux indications de son conducteur humain, son musher. 

Un état d’esprit proche de la panique

Tout le contraire de la manière de tirer du chien qui ne sait pas « marcher » en laisse, et qui se trouve dans un état d’esprit proche de la panique ! 

Comme je le démontre dans plusieurs de mes livres, et notamment dans celui-ci : « Découvrez comment apprendre facilement à votre chien à ne plus tirer sur sa laisse !», mauvais pour le psychisme de l’animal. 

Mauvais aussi pour le physique

Mais mauvais aussi pour son physique, le trait dans ces conditions étant le plus déconseillé des exercices. 

(Ajoutons que la mauvaise conception des harnais du commerce aggrave encore les choses !)

Solution humiliante pour le chien

D’aucuns préconisent des solutions alternatives, comme le port du licol : le licol, va pour les bœufs ou les chevaux, mais tellement humiliant pour le chien ! 

Anthropomorphisme et mauvaises façons de faire

Mais pourquoi ces mauvaises façons de faire sont-elles si répandues ? 

Là encore, une seule explication, l’anthropomorphisme !

Les propriétaires ne parviennent pas à comprendre ce que ressent leur chien : ce serait un comportement dicté par l’empathie.

Tout au contraire, ils s’imaginent chien à la place de ce dernier, illustration parfaite d’anthropomorphisme… 

Anthropomorphisme et professionnalisme 

Oui, la manière dont un professionnel toiletteur ou éducateur aborde l’animal va paraître un peu ferme à l’observateur non-initié. 

C’est pourtant, précisément, cette fermeté qui sera la mieux comprise par l’animal, et de nature à éteindre chez lui toute angoisse naissante. 

Parlez chien à votre chien, et chat à votre chat, c’est la manière empathique qu’il faudrait préférer. 

Anthropomorphisme : les chiens et les chats détestent

Oui, au contraire d’une certaine forme d’évidence, les comportements « bisounours » ne sont pas appréciés des chiens, et paradoxalement moins encore des chats ! 

De tels comportements ne trouvent aucune référence dans la mémoire de ces deux espèces. 

Oui, les chiens, comme les chats, apprécient beaucoup plus une certaine forme de contact physique ferme et franc. 

Anthropomorphisme : un souci pour les professionnels

Ce divorce entre la perception du monde animal d’une part toujours plus grande du public et la réalité de ce monde animal peut devenir un souci pour les professionnels.

Bon, je l’avoue, à mon âge, un souci dont je ne me soucie plus guère. Je peux désormais me permettre d’être plus attentif aux votes des animaux qu’à ceux des humains…

Mais je peux comprendre que cette situation soit moins facilement vécue par des professionnels débutants, par exemple. 

Anthropomorphisme ou empathie, il faut choisir ! 

Dans cette optique, les professionnels qui continuent d’agir en toute transparence et donc en public méritent au minimum une certaine forme de considération. 

C’est qu’empathie ou anthropomorphisme, il faut choisir. Moi, j’ai choisi. L’empathie. Le strict respect de la réalité animale. 

nota : pour aller plus loin :


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